LE FOND DE BOITE

Elément de fermeture de la boite, il protège le mouvement, le cadran et les aiguilles des éléments extérieurs (poussière, humidité etc.). Différentes méthodes de fixation existent. Le fond peut se fixer par pression en créant une tension entre le diamètre d’ajustement de la carrure et celui du fond. La méthode la plus utilisée aujourd’hui consiste à fixer le fond à la carrure par quatre ou davantage de vis. Elégante et facile à fabriquer, cette méthode de fixation permet d’obtenir de très bonnes étanchéité. Parfois, les vis traversent la carrure de part en part et se fixent à la lunette. L’étanchéité est encore meilleure avec la carrure ainsi prise en « sandwich » entre le fond et la lunette. Enfin, un filetage peut être pratiqué sur le diamètre extérieur du fond et un taraudage dans le diamètre intérieur de la carrure. Dans ce cas, le fond fait lui même office de vis pour fermer le boitier. Particulièrement efficace en terme d’étanchéité cette construction est usuelle pour les montres de plongée, sportives et techniques.

Historiquement, les montres de poche comprenaient deux fonds superposés. L’un venait se fixer à la carrure par pression ou y était soudé. Jusqu’en 1830 les montres n’avaient pas de couronne. Le remontage et la mise à l’heure s’effectuaient alors à l’aide d’une clé (à la manière d’une pendule). Cette clé à carré agissait directement sur l’arbre du barillet (remontage) ou sur un prolongement du pivot de roue de centre (mise à l’heure). Pour que la clé puisse accéder à ces deux éléments, deux trous étaient percés au travers de ce premier fond. Quand bien même les montres n’étaient alors pas étanches, de telles ouvertures n’étaient pas acceptables pour contenir poussière et humidité hors de la boite de montre. Un deuxième fond (ou couvercle) était relié au premier par une charnière et se fermait par une légère pression.  Un onglet permettait de l’ouvrir en le faisant pivoter et d’accéder ainsi aux trous permettant de remonter et remettre à l’heure sa montre. 

A l’ère de la montre de poche, le fond (externe en particulier) est, avec le cadran, le terrain d’expression privilégié des artisans et des artistes (nombre d’entre eux avaient alors ce double statut). La gravure, l’émail ou la combinaison des deux y sont couramment exprimées. Le sertissage est moins usuel mais les fonds, comme les lunettes sont parfois serties de demi perles ou de marqueterie de nacre (XVIII & XIXèmes siècles)

La décoration d’art connait de nos jours un regain d’intérêt. Cet engouement contribue à pérenniser des techniques, des savoirs dont certains paraissaient particulièrement voués à se perdre à la fin du XXème siècle.

Avec la montre bracelet le fond est devenu le support privilégié des inscriptions (gravure, impression, métallisation etc.) informatives de la montre. On y trouve inscrites des informations telles que : Le nom de la marque et/ou du modèle, la référence de la montre, son numéro individuel (limité ou non), son étanchéité etc. 

Usuellement, les fonds des montres étaient pleins (disques), cependant, dès le début du XIXème siècle, les fonds se sont parfois ouverts et sont devenus des bagues, des lunettes au centre desquelles une glace fixée permet de voir le mouvement. Demeurée anecdotique jusqu’à la fin du XXème siècle, cette pratique tend depuis à se généraliser. 

Le futur du fond existe déjà ! Certaines marques y insèrent une puce électronique ne nécessitant aucune source d’énergie. Un scanner externe permet d’interroger la puce et de connaitre son historique, son carnet de service et simplement de l’authentifier.

Selon son design ou ses spécificités techniques (étanchéité, fonction etc.) le fond d’une boite peut exiger des prouesses d’ingéniosité et de savoir-faire. Cependant, le fond est souvent relativement simple à fabriquer et ne nécessite pas de grands moyens. Un tour d’établi pourra dans de nombreux cas suffire à manufacturer un fond de forme ronde alors qu’une fraiseuse permettra de réaliser des fonds de formes (carré, tonneau etc.). Un fond réalisé selon cette méthode mérite bien souvent une gravure (indicative ou décorative) à la main mais nous considérerons également ici une gravure mécanique comme un procédé artisanal.

La production semi-artisanale se caractérise par de petites séries. Tout comme pour la méthode industrielle, on recourt déjà majoritairement aux centres d’usinage (CNC) pour de tels volumes de fabrication. Ce qui différencie principalement les deux méthodes de production des fonds, sont les étapes de terminaisons et de décorations. Pour de petites séries de montres d’un certain niveau de gamme on préférera encore souvent une gravure à la main plutôt qu’une gravure mécanique ou chimique. L’implantation des pierres d’un sertissage se fera à la main plutôt qu’en machine.

Industriellement, le recours aux centres d’usinage (CNC) est souvent le plus approprié, et donc le plus courant pour produire les fonds des boites. Une seule machine suffit ici bien souvent à réaliser l’ensemble des étapes de fabrication du fond. Plus encore, cette même machine pourra bien souvent réaliser les étapes de gravure et de décoration à des niveaux de qualité élevés pour des montres issues de production industrielle. De nombreux procédés industriels peuvent, selon les cas compléter le travail des centres d’usinage (gravure laser, métallisation, traitements de surface etc.)

Là encore les technologies de pointe se distinguent des méthodes artisanales, semi artisanales et industrielles par les matériaux employés plutôt que par leurs volumes de production. L’injection et le frittage sont essentiellement utilisés pour façonner des matériaux tels que les plastiques, les composites et les céramiques, même si des opérations usuelles d’usinage et/ou de polissage sont parfois nécessaires ultérieurement. Le procédé de fabrication des boites en saphir (corindon synthétique et ses dérivés) s’apparente à la méthode industrielle (usinage / polissage). Toutefois, la dureté du saphir nécessite l’usage de machines et d’outil issus de hautes technologies.