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1. Introduction

Le squelettage et l’ajourage sont deux techniques décoratives appliquées aux mouvements horlogers pour leur donner un aspect aéré, raffiné et léger. Artisanales ou industrielles, les méthodes de travail sont les mêmes pour l’ajourage que pour le squelettage. La distinction entre les deux termes se fait au regard du résultat esthétique final et global du travail.

2. Définition et distinction entre squelettage et ajourage

Le squelettage, comme l’ajourage, consiste à retirer une partie du métal des composants d’un mouvement horloger pour exposer les mécanismes internes tout en maintenant l’intégrité et la fonctionnalité de la pièce. Cette technique est souvent appliquée aux cadrans, aux ponts, aux platines et aux roues pour créer une structure visible du mouvement.

Squelettage : Nous distinguons le squelettage de l’ajourage par la transparence qu’il offre au travers de l’entière épaisseur du mouvement. Le résultat donne l’apparence d’un « squelette », où les pièces essentielles sont découpées ou évidées. De plus, le squelettage concerne généralement l’ensemble de la surface du mouvement, alors qu’un ajourage peut être effectué uniquement sur une portion de celle-ci.

Figure 1

Décoration d’une platine squelettée

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Ajourage : Par opposition, l’ajourage ne s’applique qu’à une partie des strates d’un mouvement. Par exemple, le cadran et la surface d’un pont pour dévoiler un mécanisme particulier.

Figure 2

Plaque de module ajourée

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3. Historique

Le squelettage trouve ses racines dans l’horlogerie du 18e siècle, à une époque où les horlogers cherchaient à allier à la fois l’aspect pratique et l’esthétique. La technique a été popularisée par des maîtres horlogers suisses, notamment ceux de la région de Genève, réputés pour leurs compétences en matière de décoration du mouvement. Le squelettage est devenu un moyen pour les horlogers de démontrer leur savoir-faire, en offrant une vue dégagée sur les rouages complexes et en exposant la beauté de l’architecture interne du mouvement.

Au 19e siècle, le squelettage est devenu une véritable signature de l’horlogerie de luxe et a connu son apogée entre 1950 et la crise du quartz (1974). Le squelettage était alors perçu non seulement comme une prouesse technique, mais aussi comme un gage de qualité et d’exclusivité.

4. Méthodes de squelettage et d’ajourage

Les méthodes de travail et le choix des techniques sont identiques pour l’ajourage et le squelettage.

Conception et dessin

Quelle que soit la méthode de travail choisie (artisanale ou industrielle), un travail d’ajourage ou de squelettage commence par une étude et un dessin des découpes qui doivent répondre à des critères esthétiques et techniques. Il s’agit que chaque élément fonctionnel d’un composant demeure solidement lié à la structure et que celle-ci conserve une rigidité fiable.

Squelettage artisanal

Le squelettage artisanal est un travail méticuleux réalisé à la main par des artisans expérimentés. Il implique la découpe, le perçage, le limage, minutieux des composants du mouvement avec, la plupart du temps, de simples outils à main, comme le bocfil et les limes qui suffisent aux plus éblouissantes réalisations. Après avoir généralement découpé, évidé les composants à l’aide du bocfil, l’artisan en « dessine » les contours précis en limant les flancs. Selon la complexité du dessin du squelettage le limage requiert un savoir-faire et une expérience importante et spécifique à la technique. Le squelettage artisanal d’un mouvement comprend généralement l’ensemble des opérations de décoration du composant (anglage, tirage des flancs, etc.). Ce processus peut prendre des heures, voire des jours, pour chaque pièce, selon sa complexité. Chaque mouvement est unique, avec des motifs de squelettage personnalisables selon le goût et le savoir-faire de l’horloger ou de son client.

Squelettage semi-industriel

Dans le cas de petites séries ou de personnalisations, par exemple, l’artisan peut s’appuyer sur des méthodes industrielles ou semi-industrielles pour les phases de découpe notamment, avant de finir son travail à la main et d’obtenir des finitions comparables à celles d’un travail purement artisanal. Selon les cas, la nature et la matière des composants, leur découpe pourra être réalisée par usinage (tournage et/ou fraisage), par étampage ou par électroérosion. L’électroérosion est idéale pour des composants en acier dont les découpes peuvent être fines et complexes (sans contrainte mécanique), mais elle est onéreuse et peu adaptée aux grandes séries.

Squelettage industriel

Dans l’industrie horlogère moderne, le squelettage est de plus en plus réalisé à l’aide de machines à commande numérique et de techniques de découpe laser ou de gravure. Ces méthodes permettent de gagner en rapidité et de réduire les coûts de production. Cependant, bien que cette approche soit plus rapide et plus uniforme, elle peut parfois manquer d’authenticité et de finesse que l’on trouve dans le travail artisanal. Le diamètre minimal d’une fraise ne permet pas, par exemple, de dégager des angles vifs.  Le squelettage industriel est couramment utilisé dans la production de montres à grande échelle, de gammes inférieures, et les finitions y trouvent généralement également leur origine industrielle (anglage et diamantage CN).

5. Combinaisons avec d’autres décorations

Le squelettage et l’ajourage peuvent être combinés à d’autres formes de décoration pour en accentuer l’effet visuel. Parmi les techniques les plus courantes qui complètent le squelettage et l’ajourage, on trouve :

  • Gravure : La gravure peut être utilisée pour ajouter des détails fins aux bords des pièces ajourées ou squelettées, créant ainsi des effets de lumière supplémentaires et des motifs artistiques. Par exemple, les ponts squelettés peuvent être gravés de motifs floraux ou géométriques, ce qui enrichit l’aspect esthétique du mouvement.
  • Sertissage : Le sertissage, qui consiste à fixer des pierres précieuses (comme des diamants, des rubis ou des saphirs) sur les pièces du mouvement, est parfois utilisé en combinaison avec le squelettage et l’ajourage. Les pierres peuvent être placées sur les bords des ponts ou dans les découpes ajourées, apportant une touche de luxe et de brillance supplémentaire à la montre.

6. Avantages et inconvénients

Avantages
  • Esthétique : Le squelettage et l’ajourage offrent des finitions visuellement impressionnantes. Ils permettent d’apprécier l’ingénierie du mouvement de manière artistique.
  • Légèreté : En retirant une partie du métal, ces techniques contribuent à réduire le poids global du mouvement, ce qui peut, dans certains cas, être avantageux pour les performances d’un mécanisme.
  • Originalité : Chaque montre squelettée ou ajourée est souvent unique, offrant un caractère distinctif qui peut séduire les collectionneurs et les amateurs de pièces rares.

Inconvénients
  • Coût : Le squelettage et l’ajourage, en particulier dans leur version artisanale, sont des processus longs et coûteux qui augmentent considérablement le prix de la montre.
  • Complexité de fabrication : Ces techniques peuvent rendre la production plus complexe, notamment lors du squelettage, où la structure du mouvement est modifiée. Cela peut affecter la résistance des pièces ou leur durabilité.
  • Réduction de la solidité : L’ajout de découpes et de perforations peut affaiblir la structure des composants, mais cela est aujourd’hui plus facilement compensé par la solidité des matériaux utilisés.

Tandis que le squelettage expose la beauté mécanique des montres en retirant une grande partie du métal, l’ajourage se concentre sur l’aspect décoratif avec des motifs découpés de manière plus superficielle. Ces techniques, qu’elles soient artisanales ou industrielles, jouent un rôle crucial dans la création de montres uniques, précises et visuellement captivantes. Leur association avec des techniques telles que la gravure ou le sertissage hisse bien souvent les montres squelettes au rang d’œuvres d’art.