Les graisses sont des lubrifiants indispensables à la bonne marche d'un mouvement.

Définition et rôle

Les graisses sont des lubrifiants à consistance semi-solide ou pâteuse. Elles se distinguent des huiles par leur viscosité bien plus élevée, qui leur confère une meilleure tenue en place. En horlogerie, elles sont appliquées sur les points de contact soumis à des pressions importantes, des mouvements lents, ou sur des surfaces où un lubrifiant fluide migrerait trop rapidement. Leur rôle est double : réduire la friction entre deux pièces métalliques en contact, et protéger ces surfaces contre l’usure et la corrosion. Contrairement aux huiles, les graisses ne nécessitent pas de réservoir (anglais : oil sink) pour être retenues. Elles adhèrent naturellement aux surfaces et restent en place durablement, même sous l’effet des vibrations et des chocs inhérents au port d’une montre.

Composition et propriétés

Une graisse horlogère est composée de trois éléments principaux : une huile de base, un épaississant, et éventuellement des additifs. L’huile de base, minérale, synthétique ou silicone, assure le pouvoir lubrifiant. L’épaississant — souvent un savon métallique ou un composé organique — donne à la graisse sa consistance caractéristique. Les additifs améliorent certaines propriétés : résistance à la pression, protection contre la corrosion, ou stabilité thermique. La consistance d’une graisse est mesurée selon l’échelle NLGI (National Lubricating Grease Institute) et varie de très molle (grade 0) à très dure (grade 6). En horlogerie, on utilise principalement des grades 0 à 2. La thixotropie — propriété de certaines graisses à se fluidifier sous contrainte mécanique puis à retrouver leur consistance au repos — est particulièrement appréciée pour sa capacité à s’adapter aux sollicitations du mouvement.

Les graisses naturelles (Moebius séries 8200 et 8300)

Moebius est un fournisseur de référence mondial et quasi unique en lubrifiants horlogers. Sa gamme de graisses naturelles couvre un large spectre d’applications.

La série 8200 regroupe des graisses thixotropiques semi-liquides à base naturelle, destinées aux frictions à grande surface, aux mobiles lents et aux roulements à billes. La 8200 est la référence de base, fusible et polyvalente. La 8201 y ajoute du bisulfure de molybdène (MoS₂) pour renforcer le pouvoir lubrifiant sous haute pression. La 8207 intègre du graphite dans le même but. Ces graisses conviennent particulièrement aux zones soumises à des charges modérées et des mouvements lents.

La série 8300 est destinée aux applications plus exigeantes en termes de maintien. La 8300 est une graisse dure, recommandée pour les ressorts et les fonctions du mécanisme de remontoir. La 8301 (avec graphite) et la 8302 (avec MoS₂) en sont des variantes renforcées pour les contacts acier-acier sous forte pression.

Les graisses de barillet (série 8200 — graisses de freinage)

Le barillet est un cas particulier : la graisse y joue un rôle de freinage contrôlé entre la paroi du tambour et le ressort, régulant la remontée du ressort de barillet. La nature du matériau du barillet détermine le choix du lubrifiant.

La 8212 (Glissalube B, rouge) est une graisse molle assurant un freinage modéré, particulièrement recommandée pour les parois de barillet en aluminium. Sa version sans couleur 8212-SC est utilisée lorsque la teinte rouge poserait un problème esthétique. La 8213, graisse dure de couleur orange, assure un freinage plus efficace et est recommandée pour les barillets en laiton. La 8217 (Glissalube 20) est une graisse de freinage très molle, convenant à tout type de barillet. La graisse synthétique 9500, à base de polyol ester, a quant à elle été spécifiquement développée pour la lubrification des barillets modernes, avec une excellente stabilité.

Il est à noter que les ressorts de barillet modernes sont auto-lubrifiés et qu’un ajout de graisse les détériorerait. Seules les parois des tambours de barillet de mouvements automatiques nécessitent une telle lubrification.

Les graisses synthétiques (Moebius série 9400–9550)

Les graisses synthétiques offrent une stabilité supérieure aux graisses naturelles, notamment en termes de vieillissement et de résistance aux variations de température. Elles constituent aujourd’hui la base de la lubrification des mouvements modernes.

La 9415 est une graisse thixotropique molle 100 % synthétique, spécialement développée pour la lubrification de l’échappement. Son excellent pouvoir lubrifiant et sa stabilité en font la référence pour les contacts entre la palette et la roue d’échappement. La 9501 est une graisse molle légèrement thixotropique, développée pour les frictions acier-acier de la mise à l’heure et autres fonctions à charges moyennes. La 9504, plus polyvalente, convient à un large domaine d’application : mécanisme de remontoir, calendrier, friction de mise à l’heure. La 9550 offre une haute stabilité au foulage pour les pressions les plus élevées.

Les graisses silicones (Moebius série 8500) et le thixosilane

Les graisses silicones se distinguent par leur inertie chimique exceptionnelle. Elles résistent à l’eau, aux UV et aux agressions oxydatives, ce qui les rend indispensables pour les applications d’étanchéité.

La 8513 est une graisse silicone dure utilisée principalement pour l’étanchéité des couronnes, des poussoirs et des joints. La 8516 en est la version molle, plus adaptée aux joints toriques nécessitant une compression douce. Ni l’une ni l’autre ne doivent être utilisées pour la lubrification mécanique des pièces du mouvement, au risque de dégrader certains matériaux non compatibles avec les silicones.

Le 9600-B (Thixosilane) est un cas particulier : ce gel fluide thixotropique à base silicone se situe entre la graisse et le liquide. Il est utilisé pour les faibles pressions, le montage ou le chassage de pièces fragiles, là où une texture souple est requise sans risque de contamination par un lubrifiant trop fluide.

Choix du lubrifiant et bonnes pratiques

Le choix de la graisse correcte est aussi critique que la technique d’application. En règle générale, la graisse doit être appliquée en quantité minimale mais suffisante : un excès attire les poussières, peut migrer vers d’autres parties du composants ou du mouvement. Les graisses naturelles vieillissent plus rapidement que les synthétiques et justifient un entretien du mouvement plus fréquent.