LA LIME SAPHIR

Quand utilise-t-on une lime saphir?

La lime saphir est un outil de finition réalisé à partir d’un monocristal de saphir synthétique — corindon, Al2O3 — taillé en forme de barreau, de plaquette ou de tige et généralement emmanché. Sa caractéristique première, une dureté de 9 sur l’échelle de Mohs, la situe immédiatement en dessous du diamant et la destine au travail des aciers trempés et des composants ayant déjà subi un durcissement thermique, sur lesquels les limes en acier classiques perdraient rapidement leurs arêtes coupantes.

Contrairement à ce que son nom évoque, la lime saphir ne « lime » pas par arrachement de matière comme une lime à dents. Elle agit par abrasion très fine et par micro-écrouissage superficiel, en ne sollicitant qu’une étendue minuscule à chaque passage. Sa surface de travail — soit polie, soit dotée d’un grain de finesse contrôlée par lapping — permet d’enlever des quantités infimes de matière tout en restituant un état de surface particulièrement régulier. L’outil, pratiquement inusable dans ses conditions d’emploi, conserve durablement sa géométrie de référence : qualité indispensable lorsque l’on recherche une planéité ou une rectitude parfaites.

Les limes saphir trouvent leurs usages les plus répandus dans les opérations de roulage des pivots, de décoration et de finition des composants du mouvement. L’anglage recourt parfois à la lime saphir pour le passage final, qui vient régulariser et lustrer l’arête après les phases d’ébauche conduites à la lime acier puis aux cabrons. Un travail au saphir, conduit à plat ou à champ, donne à ces surfaces un poli quasi miroir tout en préservant la rigueur des angles vifs.

Au-delà de la décoration, la lime saphir intervient dans certaines opérations d’ajustage où la précision dimensionnelle prime : reprise d’une portée, finition d’une face d’appui sur un composant trempé, ou parachèvement d’une surface destinée à recevoir un traitement de surface. À ces titres, elle complète plutôt qu’elle ne remplace les outils plus traditionnels que sont la lime acier, le brunissoir ou le cabron, et s’inscrit dans la chaîne progressive des opérations de finition propres à la haute horlogerie.