1. L’achevage : définition et champ d’application
L’achevage regroupe l’ensemble des opérations de réglage de l’échappement. Un bon achevage est indispensable à la bonne marche de la montre et à sa chronométrie.
L’ordre des opérations décrites ci-après est primordial : une étape oubliée ou mal faite oblige toujours à reprendre tout l’achevage depuis le début.
Ce processus ne s’applique pas aux échappements comportant une ancre en silicium.
2. Étapes préalables
Dans le processus d’achevage du calibre 6498 enseigné dans les écoles d’horlogerie suisses, deux étapes précèdent les étapes strictes de l’achevage.
2.1 Chasser la tige d’ancre
Cette première étape consiste à chasser (ou à visser selon la construction) la tige d’ancre dans l’ancre. On la chasse à l’aide d’une potence micrométrique et de tasseaux adaptés. Sur le calibre 6498, la hauteur de cette chasse permet ensuite de modifier et d’ajuster tous les partagements, c’est-à-dire la répartition en hauteur des composants de l’échappement (chapitre 3)
2.2 Prépositionner et gommer les palettes
La seconde étape consiste à prépositionner les palettes dans leurs emplacements respectifs, puis à les gommer (les maintenir avec de la gomme laque). Les palettes d’entrée et de sortie sont différentes. Il est donc primordial de ne pas les intervertir. Une fois les palettes positionnées dans leur logement, on place l’ancre sur une chaufferette et on dépose des miettes de gomme laque au talon des palettes. En fondant, la gomme-laque remplira les interstices entre les palettes et l’ancre, en les fixant solidement.
3. Vérification des partagements
La première étape de l’achevage consiste à vérifier les partagements des composants de l’échappement. Il s’agit de contrôler l’alignement et la position verticale de trois éléments : le mobile d’échappement, l’ancre et les plateaux, donc l’axe de balancier. Ce réglage est d’autant plus important sur les mouvements plats ou ultra-plats, où les tolérances sont naturellement plus serrées. En donnant la même valeur aux ébats de hauteur — le jeu vertical — de la roue d’échappement, de l’ancre et du balancier, on conserve les mêmes partagements entre ces trois composants, que la montre soit en position cadran haut ou cadran bas.
De nombreux partagements, jeux et ébats ne sont pas visibles à l’œil ou par d’autres moyens. Dans la réalité, ce sont la dextérité et la sensibilité de l’horloger qui permettent d’en apprécier la valeur.
3.1 Partagement de la roue d’échappement et des palettes
Ce partagement est correct lorsque la planche du mobile d’échappement est positionnée au milieu de la hauteur des palettes de l’ancre. Dans le cas contraire, une ou plusieurs dents de la roue d’échappement risquent de passer au-dessus ou au-dessous des palettes.
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3.3 Jeu entre la planche de l’ancre et le pont d’ancre
Dans certains cas, si l’ancre est positionnée trop haut, la surface supérieure de sa planche peut entrer en contact avec le dessous du pont d’ancre. Il est donc primordial de s’assurer d’un jeu suffisant entre ces deux composants.
3.4.1 Partagement entre le dard et le petit plateau
Le dard doit se situer au centre de l’épaisseur du petit plateau. Ici, un mauvais partagement peut entraîner un blocage du balancier ou un arrêt par renversement.
3.4.2 Partagement entre la fourchette et le grand plateau
Une ancre trop haute ou un axe de balancier positionné trop bas peut provoquer un contact entre le dessous du grand plateau et le dessus de la fourchette de l’ancre. Il est important d’avoir un espace de sécurité suffisant entre eux.
3.5 Jeu entre le petit plateau et le palier antichoc
Un axe de balancier positionné trop bas peut être la cause d’un contact entre le dessous du petit plateau et le bloc du palier antichoc, voire la platine. Un jeu suffisant tenant compte de l’ébat de balancier est là encore indispensable.
3.6 Jeu entre la cheville de plateau et le dard
Cette partie de l’échappement est très encombrée : le jeu entre l’extrémité de la cheville de plateau et le dard y est généralement très faible. On effectue donc ce contrôle en contraignant les ébats de hauteur de l’ancre et du balancier, afin de réduire ce jeu au minimum pendant le contrôle.
Le choix des corrections
Le résultat des observations précédentes permet de choisir les corrections les plus pertinentes. Ainsi, si on a remarqué une roue d’échappement trop haute par rapport aux palettes de l’ancre et un dard trop bas par rapport au petit plateau, il suffit de remonter les pierres de l’ancre pour corriger simultanément ces deux défauts.
Dans le cas du calibre 6498, la précision de fabrication des composants et du positionnement des pierres ne nécessite pas d’ajuster les partagements et les jeux vérifiés lors des précédentes étapes. Les partagements et les jeux peuvent ainsi être globalement ajustés lors de la première étape, en ajustant la chasse de l’ancre sur sa tige.
4. Ébat de la cheville de plateau dans la fourchette
La cheville de plateau doit disposer d’un ébat entre les parois de la fourchette de l’ancre sur la totalité de l’angle d’impulsion. Lorsqu’on ne remarque pas d’ébat de la cheville de plateau dans la fourchette de l’ancre, il est nécessaire de retirer les éventuelles bavures qui pourraient en être la cause ou de remplacer l’ancre.
5. Ébat de coin
L’ébat de coin est l’espace de sûreté compris entre l’arête intérieure de la fourchette de l’ancre et la cheville de plateau. L’ébat de coin est correct lorsqu’il est inférieur à l’ébat de dard.
La correction de l’ébat de coin s’effectue conjointement à la correction de l’ébat de cornes (chapitre 6)
6. Ébat de cornes
L’ébat de corne, c’est l’angle parcouru accidentellement par l’ancre entre sa position d’appui contre une goupille de limitation ou un étoqueau et le point de contact entre la corne et la cheville de plateau.
Pour le bon fonctionnement de l’échappement, l’ébat de cornes doit être inférieur à la moitié de l’engagement total (repos + chemin perdu). Si l’ébat de corne est supérieur à l’engagement total, une dent de la roue d’échappement risque de tomber directement sur le plan d’imulsion de la palette lors d’un choc. Dans ce cas, la corne exercera une pression sur la cheville de plateau, ce qui freinera le balancier ou l’arrêtera. L’ébat de corne doit être égal à gauche et à droite.
Correction de l’ébat de cornes et de l’ébat de coin:
Plutôt que d’écarter ou de resserrer les goupilles de limitation par rapport à la baguette de l’ancre, il vaut mieux les déplacer dans l’axe longitudinal. Un déplacement latéral risque davantage de compromettre la symétrie de l’achevage. De plus, l’ancre se déplace verticalement dans son ébat de hauteur : l’espace entre les goupilles varie alors, et avec lui l’ébat de cornes et le chemin perdu.
En déplaçant les goupilles longitudinalement, la symétrie de l’achevage est assurée et l’espace entre elles demeure constant. La distance entre l’ancre et les goupilles variera dès lors selon leur position par rapport à l’extérieur évasé de la fourchette.
7. Ébat de dard
L’ébat de dard est l’espace de sécurité compris entre le plat de la flèche du dard et la paroi extérieure du petit plateau. Pour le bon fonctionnement de l’échappement, l’ébat de dard doit être inférieur à l’ébat de cornes.
Correction de l’ébat de dard:
Si l’ébat de dard est trop faible ou inégal des deux côtés, il est nécessaire d’en limer l’extrémité jusqu’à ce qu’il soit correct et équilibré. À l’inverse, si l’ébat de dard est trop grand, on forgera son extrémité. Cette opération nécessite généralement de limer ultérieurement la flèche du dard.
8. Engagement total d’entrée et de sortie
L’engagement total est la longueur maximale sur laquelle le talon d’une dent de la roue d’échappement pénètre le long du plan de repos de la palette. Il concerne la palette de sortie comme la palette d’entrée.
La valeur de l’engagement total est correcte quand celle-ci n’excède pas une valeur comprise entre un quart et un cinquième de la longueur du plan d’impulsion de la palette.
Corrections de l’engagement total:
La valeur de l’engagement total peut être corrigée en ajustant la longueur de la palette de l’ancre (pénétration de la palette dans son bras).
Il existe deux méthodes pour modifier la valeur de l’engagement total. Ces deux méthodes permettent d’en mesurer la valeur tout en la corrigeant.
La première méthode nécessite une chaufferette et un échappemètre. On dépose l’ancre sur l’échappemètre et on la maintient plaquée par un appui. Un levier réglable est positionné à l’arrière du bras de l’ancre qu’il bloque. Un palpeur mobile, poussé par un ressort léger, vient s’appuyer sur la levée de la palette à régler. Par un engrenage, ce palpeur entraîne l’aiguille du comparateur, lisible sur le cadran de l’échappemètre.
Une fois l’ancre installée, on place l’échappemètre sur la chaufferette. En chauffant, la gomme laque qui maintient la palette se ramollit : il devient alors possible de rentrer ou de sortir la palette à l’aide d’une pointe fine. L’aiguille de l’échappemètre affiche en continu la position de la palette avec une précision au centième de millimètre.
Le principe de la deuxième méthode est le même, mais son déroulement est facilité par une machine (de type VOH), beaucoup plus onéreuse qu’un échappemètre. Il suffit de déposer l’ancre sur le bâti de la machine. Un appui y maintient l’ancre solidement plaquée, tandis qu’une très fine pince saisit la palette à déplacer. On entre alors la valeur de correction souhaitée et la pince déplace automatiquement la palette d’autant. En plus de la facilité qu’elle apporte, cette méthode permet de produire en série des ancres préréglées.
À la suite du réglage des engagements totaux, il est nécessaire de vérifier que la valeur de la chute est la même sur les plans de repos de la palette d’entrée et de la palette de sortie. Si la valeur de la chute n’est pas la même à l’entrée et à la sortie, il est nécessaire de changer l’ancre.
9. Chemin perdu
Le chemin perdu est l’angle parcouru par l’ancre entre le moment où la dent de la roue d’échappement quitte le plan d’impulsion de la palette et celui où l’ancre entre en contact avec la goupille de limitation. Sa valeur doit être inférieure à celle de l’ébat de corne (chapitre 6).
Correction du chemin perdu:
On corrige la valeur du chemin perdu en écartant ou en resserrant les goupilles de limitation, comme cela a été fait pour l’ébat de cornes. La méthode de déplacement des goupilles de limitation est la même que celle utilisée précédemment lors de l’ajustement de l’ébat de cornes.
10. Contrôle final
Lorsque toutes les vérifications et corrections ont été menées dans l’ordre, l’achevage est terminé : l’échappement est correctement réglé. Son fonctionnement peut alors être validé par un contrôle de la marche sur un chronocomparateur.
